Montebourg se pose en alternative socialiste pour 2017 : fera-t-il mieux que Chevènement ?

Notre consultant spécialiste en communication politique, Renaud Large, analyse la rentrée politique d’Arnaud Montebourg. Tribune parue originellement sur Le Plus du Nouvel Obs.

A. Montebourg lors de la cérémonie d'investiture de E. Macron, le 27/08/14 à Bercy (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

A. Montebourg lors de la cérémonie d’investiture de E. Macron, le 27/08/14 à Bercy (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

L’un part, l’autre revient. Ce week-end, Arnaud Montebourg a (re)fait sa rentrée politique à Laudun-L’Ardoise, dans le Gard, sur les terres de son fidèle, le député Patrice Prat. Loin des remous de Frangy en Bresse, l’ancien ministre de l’Économie retrouve l’arène politique débarrassé du carcan de la solidarité gouvernementale qu’il avait lui-même fait voler en éclat.

Une semaine plus tôt, Jean-Pierre Chevènement quitte volontairement son dernier mandat de sénateur du territoire de Belfort. Comme le résume le chercheur Gaël Brustier pour Slate, « Vingt-neuf années au sein du Parti socialiste, près de vingt en dehors, font de Jean-Pierre Chevènement un acteur et un témoin de premier plan de notre histoire, de l’histoire de la gauche. » 

Dans la philosophie bouddhiste, on parlerait de réincarnation. En politique, quel parallèle peut-on faire entre les deux hommes ?

Montebourg se pose en alternative socialiste  

Arnaud Montebourg se pose en alternative socialiste pour 2017. Il met en scène sa traversée du désert, celle que chaque présidentiable doit entamer avant d’ouvrir les grilles de l’Elysée.

Il se pose en recours en cas de primaire à gauche entre un président sortant usé par le pouvoir et un Premier ministre qui peine à imposer dans les faits et dans les esprits la voie du réformisme libéral de gauche. Arnaud Montebourg incarnerait alors la voie du patriotisme économique.

Il serait le représentant des classes populaires reléguées dans la France périphérique, celle des campagnes et du périurbain. Il deviendrait le supporter d’une gauche colbertiste, jacobine teintée de souverainisme.

Avant lui, Chevènement avait tenté l’aventure

Jean-Pierre Chevènement avait tenté l’aventure il y a une dizaine d’années. Lui aussi avait quitté un gouvernement socialiste. Lui non plus ne partageait pas la « dérive gestionnaire » des siens. Lui aussi ferraillait volontiers contre le carcan économique bruxellois.

La reconstruction de l’appareil productif français était une priorité pour « le Che », comme elle l’est pour Arnaud Montebourg.

Et puis, et puis, sa campagne présidentielle qui débouche sur un succès d’estime. On a alors accusé le lion de Belfort d’être le fossoyeur de Lionel Jospin, le responsable de l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour. De camouflets en rebuffades, Jean-Pierre Chevènement n’a eu de cesse d’être marginalisé dans les dix années qui ont suivi.

Marginalisé du paysage politique, c’est vrai. Mais il faut reconnaître que Jean-Pierre Chevènement a eu raison avant tout le monde. On a souvent parlé de la « lepénisation des esprits », rarement de la « chevènementisation des esprits ». La classe politique socialiste de 2012 doit toutes ses idées au vieil homme : ordre républicain et laïcité pour Manuel Valls, éloge des frontières, redressement productif et reconstruction industrielle pour Arnaud Montebourg.

La pensée de Jean-Pierre Chevènement est partout, elle irrigue toutes les chapelles socialistes.

Convaincre en interne ou lancer un parti ? 

Arnaud Montebourg connaîtra-t-il le même destin ? Poussé hors des cercles socialistes, il peut devenir à son tour un cassandre politique, celui qui prédit l’avenir sans que ses contemporains ne l’écoutent.

Les soutiens d’Arnaud Montebourg au sein du Parti socialiste ne sont pas nombreux. Il n’apparaît pas comme le chef de fil naturel de l’alternative socialiste. Les députés frondeurs ne semblent pas voir en Arnaud Montebourg un leader naturel. De son côté, le député Eduardo Rihan Cypel a publié cet été une tribune sur les nouvelles souverainetés dans « Libération », ébauchant une doctrine propre sur le sujet en dehors des voies montebourgeoises.

Le risque pour l’ancien ministre de l’Économie est de connaître une marginalisation au sein du Parti socialiste comme l’a connu l’ex sénateur de Belfort en son temps. L’homme de la démondialisation devra alors persévérer dans les frontières du Parti socialiste. Il aura des difficultés pour mobiliser des troupes au sein d’un nouveau courant. Il devra séduire les sympathisants de gauche, peu enclin à s’engager en ces temps militants difficiles.

Ce choix hypothèque son investiture socialiste pour la présidentielle de 2017 en cas d’éventuelle primaire au sein du PS.

L’autre option pour Arnaud Montebourg : franchir le rubicon et lancer tout comme le « Che » un parti de gauche satellite à la marge de la vieille maison socialiste. « Dehors ou mort » disait Jacques Mesrine. L’avenir politique d’Arnaud Montebourg nous le dira…. 

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