L’élection de Nicolas Sarkozy à l’UMP ou le syndrome « Little Big Horn »

© PHOTOPQR/LE PARISIEN/Olivier Corsan

Bruno Le Maire // © PHOTOPQR/LE PARISIEN/Olivier Corsan

Plus de 400 livres, pas loin de 40 films, des expositions, des controverses entre historiens et militaires, la bataille de Little Big Horn est un événement incontournable de l’histoire nord-américaine. Ce 25 juin 1876, le Général George Amstrong Custer attaque les Indiens des plaines ayant refusé de céder leurs terres aurifères aux colons. Les Cheyennes et les Sioux s’allient dans la bataille sous la houlette des chefs guerriers Sitting Bull et Crazy Horse. Le 7ème Régiment de cavalerie et ses 647 hommes emmenés par Custer sont battus et meurent sous les flèches indiennes. Au-delà du simple événement étasunien, la bataille de Little Big Horn représente la victoire des petits courageux sur l’indestructible force. Little Big Horn, c’est l’assurance que la bravoure ou l’intelligence permettront toujours de l’emporter sur le nombre et la force. Qu’on le veuille ou non, Crazy Horse paraît plus noble et plus courageux que Custer et sa cavalerie. Nous sommes toujours pour David contre Goliath.

Ce sentiment si familier a été théorisé par Pierre Rosanvallon dans la légitimité démocratique. Il y explique une modernité politique dans laquelle la généralité est en crise face au nouvel âge des particularités. C’est à dire que le fait majoritaire a de plus en plus de difficulté à émerger parmi la multiplication des individualismes. La sphère publique est donc touchée à son tour par le syndrome « Little Big Horn ». Nous préférons toujours voir le particulier – surtout lorsqu’il est plus faible – l’emporter sur la majorité. Il en va de même de nos discours et de nos écrits. Notre production littéraire préfère la description de soi à la dramaturgie historique. L’écrivain Tristan Garcia décrit très bien cet état de fait dans une interview donnée il y a quelques années au journal Métro : « je voulais prouver que l’on pouvait écrire un roman français sur le monde contemporain qui ne se limite pas au discours sur soi, de la mise en scène de son corps et de sa parole… C’était une sorte de défi. »

Samedi dernier, Nicolas Sarkozy a été élu Président de l’UMP avec 64,5% des suffrages. Depuis des semaines, l’entourage du candidat a déclaré que celui-ci réaliserait un score oscillant entre 70 et 80%. L’ensemble des médias a présenté tout au long de la semaine la nette victoire de Nicolas Sarkozy comme une défaite. Avec 29,2% des suffrages, son principal concurrent Bruno Le Maire a été dépeint en grand vainqueur du scrutin. Les sondages sont venus relayés cet état de l’opinion. Dans le baromètre CSA pour Les Echos et Radio Classique, Bruno Le Maire atteint 42% d’opinion positive et fait un bond de 9 points. Cette situation a agacé le nouveau Président de l’UMP. Le Canard Enchaîné de cette semaine rapporte les propos de Nicolas Sarkozy : « Dans quel pays vivons-nous ? Les radios et les télévisions font de Le Maire un héros et prétendent que j’ai perdu avec 65% des voix. […] Un ami anglais m’a téléphoné pour me consoler. Il croyait que j’avais perdu. Mais qui a déjà fait 65% à une élection ? Ce n’est pas Fillon, ni Juppé, ni Hollande. Encore moins Valls, qui n’a pas dépassé 5% à la primaire du PS. »

Le syndrome « Litte Big Horn » apporte sans doute un point d’éclairage à ce questionnement. Bruno Le Maire a réussi à se positionner comme un petit dans la compétition, comme un « outsider ». A l’image des Amérindiens, il a réussi à attirer la sympathie de l’opinion en se parant de l’image du candidat aux moyens modestes mais agiles et réactifs. Il est devenu l’incarnation de l’humilité contre l’ancien Président de la République dont la victoire était écrite. Sa communication a été précise et ciselée. Il est devenu un communicant d’autant plus crédible qu’il a agi avec peu de moyens mais avec une stratégie fondamentalement innovante et habile. Face à l’excellent communicant qu’est Nicolas Sarkozy, il a mis en place une communication politique du « do it yourself ». Chacun a ainsi préféré soutenir le chef de guerre Sioux contre la cavalerie sarkozyste. Et, lorsque le western s’est terminé, l’opinion a préféré ne pas voir la réalité et analyser le score plus élevé que prévu du Sioux Le Maire comme la véritable victoire du scrutin.

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