Les redevances aéroportuaires et la compétitivité du transport aérien

Crédit photo : Reuters

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Le 3 novembre dernier, Bruno Le Roux, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale rendait au Premier ministre son rapport sur la compétitivité du transport aérien (Note FTI Consulting n°15 du 3 novembre 2014). Parmi les mesures du rapport, les observateurs avaient mis en avant la baisse des redevances d’Aéroports de Paris (ADP) compensée par la réintégration des recettes des activités commerciales annexes. L’Union des aéroports français avait immédiatement réagi en s’opposant à cette mesure.

Ce sujet est crucial pour le monde aérien. En effet, le secteur aéronautique représente 400 000 emplois en France. Notre pays dispose d’atouts considérables en matière de transports aériens, du fait de sa position, de son attractivité touristique. Ainsi, le trafic passager touchant la France a progressé de 41% entre 2003 et 2013. Mais nous sommes en train de reculer sur le transport aérien face aux compagnies étrangères : la part du pavillon français est passée de 54,3% à 45,6%.

La problématique du taux des redevances aéroportuaires a donc ressurgi lundi 15 décembre. Sylvie Andreau, journaliste au Journal du Dimanche, a évoqué en exclusivité le souhait d’ADP d’augmenter de 2,4% les redevances aéroportuaires l’an prochain. Ces redevances avaient augmenté de 2,95% l’an dernier et de 30% depuis 2005. Ce souhait d’ADP est apparu en contradiction avec les mesures portées quelques semaines plus tôt par le rapport Le Roux. Les compagnies aériennes demandaient quant à elles a minima un gel des redevances aéroportuaires, comme ce fut le cas en 2010, si la baisse de celles-ci était inenvisageable.

La réponse des compagnies aériennes ne s’est pas fait attendre. Mardi matin, Bruno Trevidic des Echos a relayé la demande d’Air France de geler les redevances ADP. Cette prise de position arrive à la veille du conseil d’administration d’ADP qui décidera du contrat de régulation économique comprenant les projets d’investissement et l’évolution des redevances jusqu’en 2021. Les redevances aéroportuaires acquittées par Air France s’élèvent à environ 550 M€.

Mercredi, la Fédération nationale de l’aviation marchande (FNAM) prenait également position contre la hausse de 2,4% des redevances aéroportuaires. Alain Battisti, Président de la FNAM a invité ADP à s’inspirer de la politique mise en œuvre à Amsterdam avec une baisse de 7% des redevances aéroportuaires. La position des compagnies membres de la FNAM présente à Paris-CDG et Paris-Orly a été unanime.

Jeudi, le Président du groupe socialiste et auteur du rapport, Bruno Le Roux a écrit une tribune dans les Echos. Il explique ainsi : « Aucun Etat qui prétend tenir une place de premier rang dans le concert mondial ne peut se résigner à voir disparaître ses compagnies aériennes sans tenter d’y remédier. Peut-on imaginer un instant se reposer uniquement sur des transporteurs étrangers pour relier la France au monde ? » Il plaide : « Personne ne peut imaginer que, dans la période, certains acteurs économiques du secteur aillent très bien quand d’autres luttent pour survivre (…) la diminution puis la stabilisation des redevances aéroportuaires sont en tout cas indispensables dans cette période ultra-concurrentielle.» Bruno Le Roux fait également pression sur ADP afin que la rémunération des efforts et des risques de chacun soit la condition de la prospérité de tous.

Finalement, jeudi toujours dans les Echos sous la plume d’Antoine Boudet, ADP a consenti un effort dans son contrat de régulation économique en proposant de réduire la hausse des redevances à 1,75% (et non plus 2,4%). Par ailleurs, ADP propose un programme d’investissements de 3,6 Md€ (hausse de 60% par rapport à la période 2011-2015) qui bénéficiera directement aux compagnies aériennes présentes sur Paris-CDG et Paris-Orly. Le PDG d’ADP, Augustin de Romanet a déclaré poursuivre : « des efforts de productivité importants permettant une modération tarifaire en faveur de la compétitivité du secteur ». Après ce premier « round » d’échange autour du contrat de régulation économique d’ADP, les négociations se poursuivront l’année prochaine pour un accord conclusif avec l’Etat avant juillet 2015.

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