Pétrole : baisse de la demande ? surplus de l’offre ?

Après les chocs pétroliers de 1973, puis de 1979, la surproduction et le ralentissement économique des années 80 avaient conduit au contre-choc pétrolier, avec un baril à 10$ en 1986. La situation actuelle n’est pas sans rappeler la formule grinçante de Marx « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie, la seconde comme une farce ».

La chute du cours du pétrole amorcée l’été dernier semble avoir atteint un palier ces derniers jours. Cette baisse, la plus importante depuis 2009, paraît s’expliquer à première vue par le développement du pétrole non conventionnel aux Etats-Unis, conjuguée à la volonté des pays de l’OPEP de ne pas baisser davantage leur production afin de maintenir leurs parts de marché. Mardi l’IFP Energie renouvelable (anciennement Institut Français du Pétrole) publiait son Panorama 2015, l’institut y estimait que le prix du baril se situerait aux alentours de 50$ à 70$ pour l’année à venir. Cette baisse significative par rapport aux cinq dernières années devrait favoriser les économies des pays importateurs de pétrole comme la France ou la Chine. Du point de vue sectoriel, les entreprises du transport notamment aérien ainsi que les entreprises chimiques en seront les premières gagnantes.

Cette baisse soudaine du prix du baril de pétrole n’a pas été anticipée, comme le prouvent les dernières communications des entreprises pétrolières. La plupart d’entre elles ont révisé à la baisse leurs prévisions de résultats, annoncé d’importants programmes de réduction de coûts, reporté ou annulé des projets d’investissement et diminué la rémunération de leurs actionnaires : selon OCBC Bank, les programmes d’investissement (CAPEX) des sociétés du secteur, ayant déjà publiés au 6 février 2015, sont 20% plus faibles que ceux de 2014.

La réflexion des marchés se porte dès lors sur la pérennité du faible niveau de prix du pétrole. Si cette baisse relève d’un ralentissement de l’économie mondiale, alors elle ne sera que de court-terme, ce point de vue a les faveurs de la majorité des analystes.

Prenant le contre-pied de cette analyse, les économistes de Natixis abordent la question sous un angle inverse et tendent à démontrer que la baisse du prix du baril est structurelle et relève « d’un effort non anticipé d’économie de pétrole ». Comme illustrée par les graphiques ci-dessus, la dépendance de la croissance économique à la consommation de pétrole est de moins en moins forte. Depuis 1998, le ratio émission de CO2/PIB a baissé de 20% au niveau mondial. Cet effort d’économie dans la consommation de pétrole ne relève pas uniquement du développement des énergies renouvelables, mais relèverait également de reports vers le gaz ou le charbon, à l’instar de certains pays comme le Japon. En effet, toujours selon les analyses de Natixis, si le ratio consommation de pétrole/PIB mondial a baissé de 32% depuis 1998, celui du gaz n’a décru que de 16% sur la même période.

Cependant, si la chute des prix dépendait principalement d’une baisse de la demande due à la capacité des grandes économies mondiales à s’affranchir du pétrole, celle-ci aurait été progressive et anticipée, car à l’œuvre depuis une vingtaine d’année. Sa soudaineté et surtout son caractère imprévisible démontrent que la variable d’ajustement du prix du baril est toujours autant politique qu’économique.

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