Réformes économiques et sociales : le grand tournant français ?

Crédit photo : www.gouvernement.fr

Tribune de Guillaume Granier, Managing Director de FTI Consulting SC France et co-dirigeant du bureau de Paris.

En 2012, le Président François Hollande faisait du chômage sa priorité et la thématique sur laquelle il serait jugé à la fin de son quinquennat. De la loi sur le travail en 2013, au pacte de responsabilité en 2014 avec près de 40 milliards d’euros d’allégements de charges ou encore, dernièrement, la loi Macron pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances, l’exécutif n’a pas ménagé sa peine pour que l’économie reparte.

Fin 2015, le chef de l’exécutif décrétait « l’état d’urgence économique et social » et annonçait pour le début d’année 2016 de nouvelles mesures fortes pour l’emploi. La déclaration du Président, lundi matin, devant les acteurs de l’entreprise et de l’emploi ébauche ce qui semble être l’une des dernières grandes réformes du quinquennat. Une allocution qui s’est faite dans un triple contexte : les attentes croissantes des Français en matière économique et de l’emploi, un horizon électoral qui se dessine mais aussi une situation un peu plus favorable sur les finances publiques liées aux très faibles taux d’intérêt permettant la dépense publique.

Dans ce contexte à la fois de pessimisme pour l’année à venir mais aussi une forte volonté de changement pour sortir de l’ornière, on remarque que les français sont prêts à aller loin dans les réformes.

Ainsi, selon notre sondage Odoxa pour FTI Consulting, Les Echos et Radio Classique, une majorité de Français (54% soit 4 points de plus qu’en mars 2015) souhaite que le gouvernement accélère ses réformes d’une manière générale et en particulier en matière économique. De son côté, l’exécutif qui, depuis 4 ans avait fait de la réduction de la dette publique, son cheval de bataille, a présenté deux grands plans, l’un pour la jeunesse avec un budget de 1 milliards d’euros pour la mise en place d’un service civique, l’autre pour la réduction de la courbe du chômage en injectant 2 milliards d’euros auprès des PME et en amplifiant les propositions.

Alors que ce sondage avait lieu quelques jours avant la prise de parole de l’exécutif, plusieurs priorités retiennent l’intérêt des Français et viennent corréler celles du Président de la République :

  • Les Français sont 84% à être favorables à une réforme pour favoriser et mieux encadrer les nouvelles formes de travail liés au développement numérique. Comme l’a rappelé le Président de la République lundi dernier, ce sera l’objectif de la loi présentée actuellement par Axelle Lemaire à l’Assemblée nationale et qui sera complétée par la future loi El Khomri. Ces deux projets de loi devront apporter un cadre spécifique aux nouvelles formes d’emploi et d’activités émergeant de la révolution digitale.
  • Sur le plan des grands changements, 69% d’entre eux pensent aussi que la période est propice pour permettre aux entreprises de déroger à la règle des 35h en cas d’accord avec les organisations syndicales. Là aussi, et toujours dans le cadre du dialogue social, la loi El Khomri prévoit de réécrire les règles en matière d’organisation et de temps du travail.
  • Les Français, dans leur grande majorité, sont favorables à la réduction de la durée de l’indemnisation chômage pour 58% d’entre eux. Là aussi, le Président a souligné que la France est le pays européen qui indemnise le plus longtemps et que la nouvelle loi du travail devra s’y pencher et renégocier la convention d’assurance-chômage

Mais, les attentes du patronat paraissent elles aussi entendues puisque 59% des Français sont favorables à une réforme du contrat de travail en proposant à la place du CDI un contrat de travail unique avec des droits qui augmentent au fur et à mesure des années. Sur cette initiative, le chef de l’exécutif renvoi au dialogue social et à l’accord collectif afin que les partenaires sociaux s’emparent ensemble du sujet.

Le Gouvernement et le Président de la République ont sans aucun doute bien saisi les attentes de l’opinion publique, c’est ce que démontrent les dernières annonces. Mais le temps presse car au-delà des annonces les électeurs jugeront avant tout sur les résultats.

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